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COLONISATION DE L'ALGERIE L'EMIGRATION SUISSE |
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| SOMMAIRE COLONISATION |
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- LES CAUSES DE L'EMIGRATION SUISSE
Jusqu'à la fin de la 2ème Guerre mondiale, l''émigration est une composante essentielle de l'histoire démographique de la Suisse. Parmi ses multiples motivations figurent la volonté de créer de véritables colonies. Les arguments patriotiques voire utopiques incitent à constituer des îlots suisses dans des pays dont la plupart sont colonisés par les grandes puissances. Pour les uns, il s'agit de diffuser le christianisme et la civilisation ou de contribuer à l'expansion de la Suisse en créant des têtes de pont à l'étranger; pour d'autres, c'est l'espoir de trouver une solution aux difficultés économiques et sociales vécues en Suisse (paupérisme, croissance démographique, crises agricoles et industrielles). Durant la période 1830-1840, Les méthodes de travail dans le secteur primaire sont encore archaïques malgré quelques progrès. Les rendements faibles n'arrivent pas à nourrir une population en expansion. Dans son rapport de 1843, le préfet de Movelier (Jura Suisse) insiste sur ces aspects en signalant que le morcellement des terres dû à l'augmentation démographique et à la division des héritages aggrave les difficultés. Plusieurs familles peu fortunées se laissent alors tenter par l'Algérie et l'Amérique d'autant plus que la propagande des agences l'émigration leur fait entrevoir des chimères. La situation économique déjà précaire lorsque les conditions météorologiques sont normales, devient encore plus difficile dès l'apparition de la maladie de la pomme de terre à la fin des années 1840 et catastrophique lorsque plusieurs années de mauvais temps se succèdent comme de 1851 à 1853. En 1851, la maladie des pommes de terre ravage encore les récoltes. Le préfet de Movelier recense 66 départs pour 1852-53. Pendant la même période, 36 personnes partent de Pleigne, soit le 8 % de la population et 107 d'Ederswiller, sur un total de 219 habitants. Le préfet lui-même se trouve "forcé de reconnaître que l'émigration a délivré le district d'un grand nombre de malheureux". Cependant, "il est à craindre que l'émigration qui continue dans ce district, et l'horlogerie qui prend des développements, ne nuisent à l'agriculture en lui enlevant des bras qui lui seraient pourtant très nécessaires". La situation économique dans laquelle vivotent certains ménages devient insupportable dès que les aléas du temps provoquent une nouvelle baisse des récoltes et par conséquent un renchérissement du prix des denrées de première nécessité. On assiste alors à une émigration de masse de familles entières cherchant à améliorer leur conditions d'existence dans des pays s'ouvrant à la colonisation. Cette situation n'est d'ailleurs pas propre au Jura ni à la Suisse. Parmi les éléments favorisant les départs, on ne peut écarter les subsides versés par les communes et les lettres que des colons envoient à la parenté ou aux amis restés au pays. En consultant la liste des émigrés, on ne peut s'empêcher d'établir de tels liens de cause à effet. 2 - LES PREMIERES VAGUES D'EMIGRATION SUISSE EN ALGERIE PERIODE 1830-1840 Juillet 1830, la monarchie de Juillet s'installe à Paris. Que faire de l'occupation d'Alger et de ses environs léguée par la Restauration ? Les débats font rage en métropole entre : - les "colonistes" partisans d'une installation durable dont le Maréchal Clauzel, - les Saint-Simoniens plus convaincus encore - et les "non colonistes" qui veulent évacuer purement et simplement cette partie de la côte nord africaine. Les colonistes imaginent détourner du flux migratoire européen à destination de l'Amérique du Nord, un courant non négligeable en provenance d'Allemagne et de Suisse, la proximité de l'Algérie offrant un certain avantage. De l'hypothèse à la réalisation, les difficultés ne manquent pas. Tout d'abord la conquête reste à faire. Jusqu'en 1835, la Légion Etrangère y joue un rôle primordial. Nouvellement organisée, composée de bataillons nationaux, on peut évaluer à plus de 1 500, le nombre de légionnaires d'origine allemande ou suisse. Puis, sur place, l'administration hésite puisque rien n'est encore décidé à Paris. Aussi, très tôt, de véritables campagnes publicitaires ont lieu Outre-Rhin et portent leurs fruits. La première tentative de peuplement dans la Mitidja, fin 1830-début 1831 : Kouba et Dely Ibrahim, est expérimentée avec des Allemands, des Suisses et des Alsaciens Lorrains. Les préfets frontaliers ont la charge, après 1855, de l'acceptation des demandes envoyées par les candidats. Les Suisses proviennent des cantons frontaliers : Vaud, Genève, Valais, Bâle, Aarau, Zurich et même du Tessin. Il s'agit d'une population rurale immigrée type, adulte masculin célibataire ou familles nombreuses et modestes, en quête d'une vie meilleure. 3 - LES PREMIERES VAGUES D'EMIGRATION SUISSE EN ALGERIE PERIODE 1840-1843 Pendant les années 1840-1843, la France lance sa politique de colonisation en Algérie. Lors de son exil parisien, Xavier Stockmar, chef des libéraux jurassiens (suisses) propose au gouvernement français, en 1840, un projet très détaillé pour la création d'une Colonie helvétienne,pour l’extrême est de la côte algérienne (Bône, La Calle) qui prévoyait d’y installer quelque 100 000 Suisses en l’espace de 25 ans. Ce projet ne se réalise pas, mais il se peut que des ressortissants suisses en aient eu connaissance. En tout cas ils sont pour certains au courant des offres du gouvernement français. Ce dernier propose aux agriculteurs des terres à des conditions très intéressantes. A cela s'ajoute le transport gratuit. Cependant l'ambassade de France à Berne soumet l'octroi de ces facilités à la condition suivante : les émigrants doivent "prouver qu'ils ont des ressources pécuniaires suffisantes pour se livrer à la colonisation". Ces informations sont publiées dans la Feuille officielle du Jura. A titre d'exemple, des demandes de subsides sont adressées à l'assemblée communale de Movelier (Jura Suisse), au début de 1843 cf. le dossier M-A Lovis « L’émigration des ressortissants de Movelier au XIXe siècle » A l'époque, l'émigration vers l'Algérie ne provoque pas un réel engouement et reste limitée dans le temps. Les nouvelles données par les émigrés sont globalement négatives. Les retours sont fréquents. Ils s'effectuent parfois dans des conditions dramatiques. Le décret-loi du 19 septembre 1848 ouvrit au ministre de la Guerre un crédit de 50 millions, pour être appliqué . à l'établissement de colonies agricoles en Algérie . et aux travaux d'utilité publique destinés à assurer la prospérité de ces colonies. La loi du 18 novembre 1848 éleva de 12 000 à 13 500 le nombre des colons qui formèrent ce qu'on appela les convois de 1848. A partir du ter janvier 1853, les colonies agricoles de 1848 passèrent en territoire civil et se confondirent avec les autres centres de population. Par suite de leur création, on restreignit pendant cette période les nouvelles créations de centres sur les crédits ordinaires de la colonisation et les petits concessionnaires furent placés dans les colonies subventionnées. On continua cependant à créer des villages nouveaux, à peupler les anciens centres, à accorder des concessions en dehors des villages. On faisait d'ailleurs appel comme précédemment à l'élément étranger en même temps qu'à l'élément national pour le peuplement ; l'Algérie reçut quelques contingents d'Espagnols, de Suisses, d'Allemands, d'Irlandais. « Vous avez deux moyens, écrivait en 1847 le baron de Vialar au ministre de la Guerre, d'établir une population française en Algérie : c'est d'y faire venir des Français et d'y rendre Français les Européens qui y sont déjà ou qui y arriveraient. » Soixante-sept familles suisses du Valois et notamment des familles de la région St-Maurice-Evionnaz émigrés dans la région de Koléa en 1851 furent installées dans ce cadre-là, entre le Mazafran et Koléa, dans ce qu'on appellera Les "hameaux suisses" : Berbessa, Chaïba, Messaoud, Saïghr, Zoudj el Abbès alias St Maurice 3- L'EMIGRATION SUISSE EN ALGERIE VIA LA CREATION DE LA COMPAGNIE GENEVOISE En 1852, des capitalistes de Genève eurent l'idée de faire appel au gouvernement français pour faciliter une émigration suisse, ils demandaient 500 000 hectares, tous les frais étant laissés à la charge du gouvernement français. Le gouvernement refusa, mais vit là une offre de concours intéressante de l'initiative privée, qui semblait se produire à propos. MM. Lullin et Sautter de Beauregard fondèrent alors une société au capital de 3 millions, plus tard porté à 5 millions; ce fut la Compagnie genevoise, à laquelle le décret du 26 avril 1853 concéda 20 000 hectares de terrains domaniaux dans les environs de Sétif. La Compagnie devait construire en dix ans dix villages et y installer 500 familles originaires de Suisse, possédant chacune au moins 3 000 francs. Chaque colon avait droit à une maison bâtie, cédée par la Compagnie au prix de revient et à un lot de 20 hectares. La société, comme rémunération pour chaque village construit et peuplé par elle, aurait en pleine propriété 800 hectares sur les 2 000 accordés au centre. Le gouvernement prenait à sa charge les travaux de routes, d'adductions d'eau, d'édifices publics. Les colons payaient immédiatement les deux cinquièmes du prix des maisons, la Compagnie avait une hypothèque pour le reste, dont elle touchait l'intérêt à 5 pour 100 ; elle faisait simplement un simple placement hypothécaire. Un premier village, Aïn-Arnat, à 8 kilomètres de Sétif, fut fondé dès 1854; la Compagnie y établit 50 familles, formant un effectif de 400 personnes, originaires des cantons de Vaud, de Genève et d'Argovie. M. Sautter de Beauregard, reprenant ses vastes projets du début, proposait d'amener tous les ans 15 à 18 000 familles suisses ou allemandes et demandait un million d'hectares pour y établir 500 villages de 50 feux. L'examen de ces projets mirifiques fut sagement ajourné. Bientôt les difficultés commencèrent; l'émigration vers Sétif s'arrêta; la Compagnie s'efforça de la ranimer en installant des agences de recrutement à Berne et à Turin; elle parvint à se procurer 3 000 émigrants, Suisses, Allemands, Italiens sans ressources et qui n'étaient pas de véritables colons. Quatre nouveaux villages, Bouhira, Messaoud, Mahouan et El-Ouricia, furent construits, mais non peuplés; ils comptaient 222 colons et 421 ouvriers assimilés aux colons qui ne représentaient pas une population stable. Comme d'ailleurs aucune obligation de résidence n'était imposée, la Compagnie se contenta bientôt d'un simple simulacre, afin de toucher la prime et de prélever les 800 hectares de terres qui lui étaient attribués pour chaque village; elle s'arrangea d'ailleurs pour mettre dans son lot les meilleurs domaines. Bientôt elle renonça complètement à amener des colons et se contenta de louer ses terres aux indigènes. Le peuplement était coûteux, les exploitations privées de la Compagnie rémunératrices ; elle parvint à se faire exonérer, par une décision impériale du 24 avril 1858, des obligations de peuplement qui lui étaient imposées et reçut en toute propriété 12 340 hectares. Dès lors, dégagée de toute entrave, elle n'eut plus qu'un souci, réaliser par tous les moyens possibles le maximum de bénéfices; elle y réussit fort bien. Mais au point de vue du peuplement, les résultats étaient nettement plus mitigés. Sources : - Dictionnaire historique de la Suisse, Berne - HISTOIRE DES COLONIES FRANÇAISES – Tome 2 - « L’émigration des ressortissants de Movelier au XIXe siècle » M-A LOVIS Les émigrations allemande et suisse en Algérie de 1830 à 1918 J-MDI COSTANZO, professeur d'Histoire Géographie au Lycée Saint Exupéry Marseille 15° - Extrait de la revue du gamt, n°62, 1998, publié sur le site de Bernard VENIS- Le site Eviona in Vallesia : émigration valaisanne en Algérie |
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